Fermer fort les yeux.
Je me rappelle, aux plus lointains de mes souvenirs, observer déjà les gens, les situations,
et fermer fort les yeux pour fixer dans ma mémoire l'image, l'émotion, et son odeur.
En commençant mes études par la géologie, j'ai appris à lire le monde autrement.
À percevoir une ligne, un mouvement, là où tout semblait immuable ou grossier.
C'était la seconde fois que j'apprenais à lire.
Je prenais des photos avec l'envie de retranscrire ma vision, mon interprétation,
toujours dans une quête du non oublié,
toujours dans la recherche d'une forme d'éternité.
La série Rêve reprend cette soif.
Puis j'ai rencontré une autre mise en mouvement :
celui des corps, de la danse.
Je gardais ma perception des contrastes et de la lumière,
mais cette fois, je ne voulais plus conserver.
Je voulais ajouter un corps au ballet que je regardais.
La série Dérive reprend cet appétit.
Et parfois, la vie s'amuse.
Elle reprend ce que l'on croyait immuable.
La poussière remplace le désir,
s'installe sur les objectifs,
et le regard se ferme.
La série Impasse reprend cette anorexie.
Mais alors que l'on pensait à son épilogue,
un nouveau chapitre s'ouvre.
Une nouvelle muse entre à jardin, côté cœur.
Elle n'a conscience ni de la grâce qu'elle emporte avec elle,
ni de tout le reste.
La faim revient.
Mais pas seulement.
L'envie de nouvelles saveurs.
La gourmandise.
Le mouvement.
La série Animus est une tentative de mise en mouvement de mes photographies,
dont Rêve constitue la première respiration.
